Les traitements classiques
Le
groupe des sarcomes des tissus mous est un ensemble très
hétérogène
de tumeurs avec plus de 40
sous-types. Tous ces sous-types ne sont pas identiques en terme
d'altération génétique, d'agressivité,
de caractéristiques de dissémination, de classes d'âges
touchées... Les sensibilités aux agents anticancéreux
diffèrent donc aussi. Malgré ces différences,
les sarcomes des tissus mous sont traités de la même
manière excepté quelques cas (le GIST
par exemple). Pour les patients ayant un sarcome bien localisé
(ie. une tumeur primitive - donc sans métastase), le traitement
standard repose sur une chirurgie et de la radiothérapie. Toutefois,
malgré l'amélioration considérable du contrôle
local des sarcomes des tissus mous sur la dernière décennie,
beaucoup de patients développent des métastases avec
le temps. Le
principal problème de l'évolution des sarcomes des tissus
mous est le taux de récidive local (20 à 40 % des cas
[127]) et les métastases principalement
pulmonaires dans 30 à 50% des cas [127][128],
les deux n'étant pas forcément dépendants.
C'est pourquoi on peut
avoir recours à une chimiothérapie adjuvante (préventive)
après que le contrôle local de la tumeur primitive soit
acquis - son but étant de stériliser une éventuelle
dissémination micrométastatique non objectivable. Elle
a été reconnue comme efficace dans l'amélioration
du délai de rechute locale ou distante mais pas toujours sur
la survie globale [131][128][132]. Dans les
sarcomes localement avancés, la chimiothérapie peut
être curative si la tumeur est chimiosensible, l'amenant à
un niveau satisfaisant pour un traitement local (chirurgie, radiothérapie).
Dans les sarcomes métastasés, la chimiothérapie
est souvent considérée comme stabilisatrice[131][133][161][162][128]
bien qu'une survie à long terme ou qu'une guérison soient possibles grâce à
l'action de la chirurgie [159][133][160][161][162][163][164][169][170].
La
chirurgie
La chirurgie des sarcomes des tissus mous :
L'exérèse chirurgicale d'un sarcome des tissus mous
peut être réalisée selon quatre modes auxquels
correspondent des risques différents de récidive locale
:
-
Enucléation : Il s'agit d'une exérèse
limitée à la tumeur elle-même qui utilise le plan
externe de la pseudo-capsule du sarcome comme plan de clivage. Le taux de récidive
locale est de 40 à 100 % [42][128].
En effet, en périphérie de cette pseudo-capsule, on
retrouve souvent des éléments tumoraux à
l’examen microscopique qui occasionnent à terme des
récidives locales [288]. Contrairement aux carcinomes, l’aspect macroscopique d’un sarcome est rarement infiltrant ce qui donne une fausse impression de bénignité. La tumeur pousse en périphérie
les tissus mous d’où l’apparence d’une
délimitation nette. Disséquer la tumeur est risqué
car l’ouvrir peut "ensemencer" le champ opératoire de
cellules cancéreuses microscopiques (effraction) que des
recoupes musculaires consécutives ne suffisent pas à
éviter.
- Exérèse locale large : Elle correspond à
la résection de la tumeur, de la pseudo-capsule et de quelques
centimètres de tissus "normaux" autour. Le taux de
récidive locale est de 30 à 50 %[128].
Le risque d'une rechute locale est faible après une telle
exérèse sur des tumeurs superficielles et peut-être
aussi sur les lésions intramusculaires strictes de bas grade.
Dans le cas d’une exérèse large, la tumeur est
emportée en bloc, sans être vue au cours de la dissection
avec une marge de tissu supposé sain sur toute sa surface. Le
caractère « large » de la chirurgie ne dépend
pas de ce qu’on enlève, mais de la qualité des
marges chirurgicales définie par l’anatomopathologiste sur
l’ensemble de la périphérie de la tumeur [288].
- Compartimentectomie : Elle correspond à l'exérèse
complète de tout le compartiment cellulo-musculaire atteint
et emporte le ou les muscles atteints de leur origine à leur
terminaison, ainsi que les axes vasculo-nerveux qui les traversent.
Il s'agit d'une chirurgie qui s'applique surtout aux tumeurs des membres.
Le taux de récidive locale est de 10 à 20 % [128][129]
- Amputation ou désarticulation dont le niveau est définit
par la nécessité d'enlever l'ensemble des tissus atteints.
Même après une telle exérèse, le risque
de récidive régionale n'est pas nul et reste de 10 à
20 % suivant les localisations [128].
En effet, des cellules circulantes satellites microscopiques et
invisibles à l'imagerie (scanner, IRM, Petscan) peuvent avoir
migrer à distance de la tumeur primitive avant l'amputation
(surtout en cas de haut grade de malignité tumorale [288]).
Ces "skip" metastases peuvent alors occasionner une récidive
loco-régionale ou distante (surtout dans les poumons). Il est
recommandé de n’entreprendre aucun traitement chirurgical
mutilant si le patient est métastatique. Dans les séries
récentes, les taux d’amputation pour des tumeurs
primitives sont inférieurs à 10 %.
La chirurgie des sarcomes des tissus osseux :
En ce qui concerne les sarcomes des tissus osseux (ostéosarcomes
et ses sous-types), les deux techniques principales sont l'amputation
et la résection limitée de membre. Avant 1970, l'amputation
constituait le traitement exclusif de la majorité des tumeurs
osseuses malignes. Depuis une quinzaine d'années, des techniques
de chirurgie conservatrice ont été développées
: résection limitée de membre puis reconstruction par
endoprothèse ou greffe osseuse. La résection limitée
de membre consiste à retirer la tumeur osseuse avec une marge
de sécurité incluant les tissus voisins afin de s'assurer
que l'os restant soit bien non cancéreux. Une chirurgie reconstructrice
suit alors :
- Par pose d'une endoprothèse : C'est un os artificiel
qui remplace le tissu osseux excisé ; il est destiné
à limiter autant que possible la perte de fonction résultante
de la résection,
- Par allogreffe osseuse : Il s'agit de remplacer la partie
de l'os enlevée par un autre morceau d'os appartenant à
une personne qui a autorisé des prélèvements
de tissus au moment de son décès. Le nouveau morceau
d'os s'appelle un greffon osseux. Cette technique est possible lorsque
l'ostéosarcome est situé sur la diaphyse ou la métaphyse
de l'os d'un membre et que l'épiphyse de chaque extrémité
est intacte [165].
- Par autogreffe osseuse : Il s'agit de remplacer la partie
de l'os enlevée par un autre morceau d'os appartenant au patient.
Le nouveau morceau d'os s'appelle un greffon osseux. Cette technique
est possible lorsque l'ostéosarcome est situé sur la
diaphyse ou la métaphyse de l'os d'un membre et que l'épiphyse
de chaque extrémité est intacte [165].
Après une amputation, on a recours à des prothèses.
Celles-ci peuvent être "esthétiques" ou myoélectriques.
Les prothèses esthétiques sont assez peu fonctionnelles
mais elles sont destinées à "ressembler" autant
que possible au membre amputé. Les prothèses myoélectriques
sont équipées de moteurs permettant la rotation du poignet
et une certaine préhension (pincer des objets pour les saisir).
La personne amputée apprend à produire des signaux de
commande quand elle le veut, et à les inhiber lorsque le bras
n'a pas à faire de mouvement. Des électrodes, reliées
à un appareil d'entraînement, sont placées sur
le(s) muscle(s) choisi(s) et incitent la personne amputée à
contracter le(s) muscle(s), fournissant ainsi une réaction.
L'étendue
de l'éxérèse osseuse permet également
d'estimer le risque de récidive locale [178]
:
-
Exérèse radicale : moins de 5 %,
- Exérèse large : 10 à 30 %,
- Exérèse marginale : 40 à 60 %.
La chirurgie des métastases pulmonaires :
Les métastases des sarcomes des tissus mous et des ostéosarcomes
touchent souvent les poumons (60% des cas) bien que les métastases
puissent affecter d'autres organes (foie, cerveau...) ou d'autres
os s'agissant des ostéosarcomes. Une métastase pulmonaire
est une localisation secondaire d'un cancer dont le siège est
le poumon. Les poumons filtrent toute la masse sanguine pour son oxygénation.
Dans leurs réseaux de vaisseaux capillaires, ils arrêtent
des cellules cancéreuses en circulation et sont donc souvent
le site de métastases venues d’ailleurs. L’atteinte
métastatique se présente sous la forme de nodules isolés
ou diffus ("lâcher de ballons"). Les métastases
ganglionnaires sont particulières car elles ne se produisent
que dans environ 4% des cas [166][167] et
sont plus locales-régionales que distantes. Ce paragraphe traite
exclusivement des métastases pulmonaires.
Le traitement principal repose sur une excision large du ou des métastases
pulmonaires. Ce procédé s'appelle la métastasectomie.
Lorsqu'on retire le lobe ou le poumon contenant la métastase,
on parle respectivement de lobectomie ou de pneumonectomie.
Lorsqu'on retire uniquement le nodule avec une marge de sécurité
autour, on parle de segmentectomie. Il est prouvé que
la métastasectomie améliore la survie globale des patients
à condition que les résections puissent être complètes
et réalisées avec des marges larges [159][160][161][162][169].
Elle repose sur quatre techniques :
- La thoracotomie
: La thoracotomie postéro-latérale se fait par une
incision de 10 à 20 cm sur le côté du thorax et
sous l'omoplate ; la thoracotomie axillaire par une incision d'environ
10 cm dans l'aisselle. Certaines thoracotomies se font aussi en coupant
le sternum. En général, le chirurgien accède au
thorax en écartant 2 côtes. L'ablation d'une côte
est rare. L'intérêt de cette technique est que le
chirurgien peut palper entièrement le poumon et
donc découvrir et retirer des métastases qui
seraient passées "inaperçues" au scanner (le seuil de
détection est de 2 millimètres). Cette technique est
également plus facile à réaliser pour le
chirurgien.
- La vidéo-thoracoscopie (VTS en Anglais) : Par rapport à
une thoracotomie, l'intervention se fait sans ouverture du thorax
remplaçant ainsi une longue cicatrice et ses conséquences
(écartements des côtes, sections musculaires...) par
des orifices dont la taille est de l'ordre du centimètre et
dont le nombre varie selon les cas. Ces orifices permettent l'introduction
d'un endoscope relié à une caméra et aux instruments
nécessaires à l'intervention. C'est donc par une vision
indirecte (sur l'écran) que le chirurgien guide ses gestes [234].
Cette technique est dite "mini-invasive". Les séquelles
esthétiques sont mineures et la récupération
fonctionnelle respiratoire plus rapide. Le risque de complications
post-opératoires est plus faible. Des études montrent que
cette technique est moins douloureuse [168]
que la thoracotomie traditionnelle. Actuellement, le choix entre thoracotomie
et thoracoscopie reste source de débat. Des études montrent
pourtant un succès comparable
à la thoracotomie [218][256] à condition que l'on puisse réaliser
des marges larges ("wedge") d'exérèse [169].
Ceci est d'autant plus aisé pour des métastases isolées
et situées en périphérie du poumon [170][171].
En revanche, cette technique ne permet pas au chirurgien de palper le
poumon et donc de découvrir et retirer des métastases qui
seraient passées "inaperçues au scanner" (le seuil de détection est de 2 millimètres).

La thoracoscopie est moins invasive qu'une thoractomie
-
La mini-thoracotomie vidéo-assistée (CTVA en Français ou VATS en Anglais) :
Introduite au Japon dans les années 90 et maintenant assez
répandue dans ce pays contre le cancer du poumon, cette
technique "mini-invasive" est intermédiaire entre la
vidéo-thoracoscopie et la thoracotomie. Elle s'effectue au
travers d'une incision plus petite que la thoracotomie (3 à 6
cm) avec l'aide d'optiques branchées sur une caméra. Le
chirurgien peut donc avoir une vision indirecte (sur l'écran)
tout en gardant une vision directe du poumon au travers de l'incision.
Cette technique lui permet aussi de palper les nodules et de les
retirer plus facilement. L'intérêt est de diminuer les
douleurs postopératoires, de réduire la durée
d'hospitalisation et de récupérer plus vite ([252][253][254][257]). Le risque de complications post-opératoires est également plus faible. Actuellement, le choix entre thoracotomie
et mini-thoracotomie reste source de débat. Des études montrent
pourtant un succès comparable
à la thoracotomie [251][255][257]. Elle permet de réaliser
des exérèses pulmonaires plus grandes que la vidéo-thoracoscopie
tout en gardant une sécurité oncologique [234]. En
revanche, cette technique ne permet pas au chirurgien de palper entièrement (mais seulement partiellement) le
poumon et donc de découvrir et retirer des métastases qui seraient
passées "inaperçues au scanner" (le seuil de détection est de 2 millimètres).
Télécharger un article de l'Académie Nationale de Chirurgie Française sur ce sujet (2006) : 234
Télécharger un article de Chest (2002, 2004), The Annals Of thoracic Surgery (2001), European Journal Of Cardio-Thoracic Surgery (2003): 251 252 253 254
-
L'ablation par radiofréquences (RFA en Anglais)
: Le traitement des métastases par radiofréquences est
une des techniques dites mini-invasives. La technique est nouvelle
et ses résultats sont en cours d'évaluation mais elle est
considérée comme prometteuse. Par ailleurs, elle peut
être complétée par de la chimiothérapie et
de la radiothérapie. On peut également y avoir recours
plusieurs fois en cas de récidive ou de nouvelle
métastase. En général, elle est
réservée à ceux qui présentent un risque
à la chirurgie ou à ceux qui la refusent. Le risque de complications post-opératoires est plus faible qu'avec la thoracotomie. On utilise le
terme ablation car il ne s'agit pas d'exérèse des métastases au sens
chirurgical du terme. Cette technique utilise une aiguille électrode
qu'on insère dans la métastase grâce à
un guidage par échographie. L'électrode est reliée
à un générateur de radiofréquences qui
délivre un courant. Les régions traversées par
ce courant subissent une agitation ionique, qui induit une friction
des particules entre elles et en conséquence un échauffement
tissulaire à une température supérieure à
60°. Ceci provoque une dénaturation cellulaire immédiate et irréversible. Autrement dit, la tumeur est "grillée".
Jusqu'à maintenant, cette technique innovante était
réservée aux métastases du foie mais elle est
en cours d'étude sur les métastases pulmonaires
[176][177][258][259]. Les métastases traitées sont en général en faible nombre et petites (inférieures à 3 ou 4 cm) afin
d'obtenir une nécrose tumorale complète. Toutefois,
il est possible techniquement de traiter des métastases plus
grosses ([258][259]) et lorsqu'elles sont nombreuses, on peut procéder en plusieurs fois. En
revanche, cette technique ne permet pas au chirurgien de palper le
poumon et donc de découvrir et retirer des métastases qui seraient
passées "inaperçues au scanner" (le
seuil de détection est de 2 millimètres). Une autre
limite est également liée à la localisation des
métastases (si elles se trouvent près de gros vaisseaux ou autres).

L'ablation
tumorale par radiofréquences (RFA)
Télécharger des articles sur la RFA de Radiology (Juin 2004) et Journal Vasc Interv Radiololy (Mai 2004): 258 et 259
La radiothérapie externe et interne
Radiothérapie
(externe) : Elle peut être préopératoire
mais elle est surtout utilisée en postopératoire. Les
champs d'irradiation doivent couvrir la tumeur, le compartiment dans
lequel elle se développe et la cicatrice, ou au moins le lit
tumoral avec des marges de sécurité de 5 à 7 cm
dans tous les plans. Après une dose de 45 à 50 Gy en 5
semaines, la radiothérapie est limitée au lit tumoral
pour atteindre à ce niveau 60 à 70 Gy avec un complément
de 10 à 15 Gy sur d'éventuels résidus microscopiques.
Le champ de l'irradiation doit comprendre l'ensemble du lit opératoire
avec des marges de sécurité importantes et comprenant
les trajets et orifices des drains [127]. Ce
traitement peut occasionner des raideurs et des brûlures au niveau
de la zone irradiée (voir
page des principes de la radiothérapie). En général,on
applique de la Biafine™ sur la zone irradiée afin de limiter
l'assèchement de la peau.
Depuis peu, des nouvelles techniques sont apparues. Leur avantage est
de protéger les tissus voisins dans des localisations délicates
(crâne, poumon...) en ciblant la tumeur précisément
et en l'irradiant plus fortement. La radiothérapie conformationnelle
en trois dimensions (RC3D) cible plus précisément
les tumeurs en prenant en compte leurs volumes. Sa variante, la RC3D
avec modulation d'intensité (RCMI), permet un dosage variable de
rayons suivant la forme du volume. La radiothérapie
asservie à la respiration (RAR) traite les tumeurs thoraciques
qui "bougent" lors de la respiration. Enfin, la dernière
nouveauté est la tomothérapie. Elle utilise un
anneau semblable à un scanner. Le patient est placé dans
cet anneau et l'appareil est à la fois capable de produire une
image scanner de la tumeur à traiter et de l'irradier très
précisément en coupes élémentaires. Les
rayons X envoyés tournent autour du patient et la tumeur est
irradiée de tous les côtés selon des coupes hélicoïdales.
Au jour le jour, la tumeur est visualisée et le rayonnement appliqué
aux coupes est adapté en fonction de la régression de
la tumeur.
Curiethérapie (interne) : On place
dans le corps du patient, près de la localisation initiale du
sarcome primitif, des fils radioactifs, souvent de l’iridium 192,
durant un délai de deux à cinq jours. Ces fils radioactifs
vont irradier fortement les tissus au contact mais l’intensité
va décroître rapidement au fur et à mesure que l’on
s’éloigne du lit tumoral. C'est un dérivé
de la radiothérapie qui permet d'irradier moins intensément
les tissus malades mais en continu. Le patient doit
rester dans une chambre plombée pour ne pas diffuser des rayonnements
à l'extérieur. La curiethérapie est indiquée
en cas de récidives locales, sur des localisations anatomiques
difficilement accessibles par une radiothérapie externe et en
cas de résections incomplètes afin de préserver
la fonctionnalité d'un membre ou d'un organe [127].
D'après
de nombreuses études, la radiothérapie a une action dans
le contrôle local des sarcomes [69][71][72][78][115].
La radiothérapie seule a montré son efficacité
avec un contrôle local des sarcomes primitifs ou
récidivants de l’ordre de 45 % (dans deux études
portant sur 86 patients : [288]).
L’association chirurgie élargie et radiothérapie
est maintenant devenue le traitement standard dans les sarcomes des
membres [288]. Elle est aussi utile lorsque l'exérèse large du sarcome
n'est pas possible [225] ou pour éviter
des chirurgies mutilantes [224].
La chimiothérapie
Elle
est utilisée pour traiter les métastases, les tumeurs
avancées ou pour
stériliser une éventuelle dissémination micrométastatique
non objectivable.
Les chimiothérapies sont organisées en cycles variables
selon le type de maladie, chaque cycle comprenant un ou plusieurs jours.
Lors d'un cycle, on injecte au malade des anticancéreux (agents
antinéoplasiques) qui vont s'attaquer aussi bien aux cellules
malignes qu'aux cellules saines, et ce, dans tout le corps. Les perfusions
se font le plus souvent dans un PAC qu'on a posé au niveau de
la poitrine lors d'une petite intervention chirurgicale préalable.
Les effets secondaires (fatigue, nausées, diarrhées, chute
de cheveux...) dépendent des produits, des doses utilisées
(exprimées en grammes ou milligrammes par m²), de la durée
(en jours ou en heures), du nombre de cycles et du délai entre
les cycles. Les anticancéreux agissent souvent au niveau de l'ADN
des cellules en s'intercalant entre des paires de bases ou en les coupant,
ce qui entraine à terme la mort cellulaire en bloquant la réplication
ou la synthèse de l'ADN (voir
page des principes et des familles des chimiothérapies).
La
chimiothérapie des sarcomes peut utiliser un agent (monochimiothérapie)
ou plusieurs agents chimiques (polychimiothérapie).
Pour connaître les termes utilisés dans l'analyse des réponses
d'un sarcome à un anticancéreux, voir la page essais
thérapeutiques.
La monochimiothérapie
Les trois principaux agents actifs sur les sarcomes des tissus mous
sont :
-
La doxorubicine (Adriamycine™)
: Elle a été l'une des toutes premieres substances actives
sur les sarcomes des tissus mous et est toujours considérée
comme une des plus efficaces. La doxorubicine appartient
aux anthracyclines dits intercalants.
Son nom commercial, Adriamycine™, rappelle
son origine italienne : la souche bactérienne d’actinomycètes
qui produit cet antibiotique vient des rivages de la mer Adriatique.
Le taux de réponse objectif classiquement rapporté pour
des doses toutes supérieures ou égales à 60 mg/m²
est de 20% à 25% [131][127][130]et parfois jusqu'à 35% [288]. La
dose optimale de la doxorubicine administrée isolément
est de 75 mg/m² [127] par cycle toutes
les 3 semaines [131]. A cause de la cardiotoxicité
et de la myélotoxicité (neutropénie, thrombopénie,
anémie) de cette anthracycline, la dose maximale cumulée
est de 450 mg/m². Des recherches ont été effectuées
pour atténuer les toxicités de la doxorubicine
et permettre ainsi une administration plus élevée au
patient. Une de ces techniques est d'encapsuler la doxorubicine
dans des liposomes (doxorubicine liposomiale : Doxyl™/Caelyx™).
Une étude montre que l'efficacité est semblable mais
les toxicités rencontrées ne sont plus hématologiques,
elles deviennent principalement cutanées de type érythème
palmo-plantaire rendant une administration à haute dose impossible
[134]. Une autre technique étudiée
a été d'utiliser l'épirubicine, un agent
proche de la doxorubicine, mais considéré comme
ayant moins de toxicité. Mais une étude indique que
les bénéfices sont nuls à cause de la myélotoxicité
[135].
- L'ifosfamide (Holoxan™)
est également un des agents les plus puissants pour traiter
les sarcomes des tissus mous avancés. Comme la doxorubicine,
le taux de réponse est d'environ 25% jusqu'à 40% parfois [288]. Il existe un concept
de dose/intensité avec cet agent alkylant
et des études discutent le schéma d'administration optimal
de cette drogue. Il apparaît en effet que plus les doses sont
élevées, plus les taux de réponse sont importants.
Souvent des doses d'au moins 10 g/m² par cycle toutes les 3 semaines
[131] sont administrées. Beaucoup de
publications parlent aussi de Haute Dose d'Ifosfamide (HDI).
Toutefois, au delà d'un seuil, sa toxicité (principalement
rénale et urinaire) prend le pas sur son activité antitumorale.
La toxicité urinaire est prévenue par le mesna
(Uromitexan™). En résumé, l'ifosfamide
est une bonne alternative pour les patients pour lesquels la doxorubicine
est contre-indiquée.
- La dacarbazine (Deticene™)
avec 10 à 15% de réponse objective environ n'a été
que très peu explorée en monothérapie.
Beaucoup
d'autres agents ont été évalués contre les
sarcomes des tissus mous. Seulement deux d'entre eux, le docetaxel
et le cyclophosphamide ont été comparés
directement avec respectivement la doxorubicine [136]
et l'ifosfamide [137] mais les deux
ont montré une activité antitumorale moindre. D'autres drogues
ont été testées comme la gemcitabine [138][139],
paclitaxel [140][141], temozolomide
[142], mitoxantrone [143],
le methotrexate [144], le topotecan
[145], et l'etoposide [144],
mais toutes sont considérées comme manquant substantiellement
d'activité antitumorale [131].
Conclusion : La doxorubicine
et l'ifosfamide montrent la plus grande efficacité contre
les sarcomes des tissus mous.
La polychimiothérapie
Plusieurs associations avec la doxorubicine ont été
étudiées[131]. Des études
se sont intéressées aux associations suivantes : doxorubicine + streptozocine
[146]; doxorubicine + vincristine + cyclophosphamide
[147]; doxorubicine + cyclophosphamide
[148] ; doxorucine + vindesine[149]
; doxorubicine + mitomycine + cisplatine [150]
; doxorubicine + vincristine + cyclophosphamide + dacarbazine
(CYVADIC) [151]. Mais aucune de ces associations
ne donnent des taux de réponse supérieurs à l'administration
de la doxorubicine seule. En outre, ces associations n'apportent
que plus de toxicité. Beaucoup d'agents sont
inactifs et à cause de la toxicité cumulée de ces
produits, la dose de doxorubicine a été réduite,
ce qui explique ces résultats décevants. De
plus, certaines études ont porté sur peu de patients.
D'autres associations ont été étudiées
:
- Association ifosfamide et doxorubicine
(AI) : Une étude randomisée
a comparé l'administration seule de doxorubicine à
80 mg/m² à l'administration de doxorubicine à
60 mg/m² en association avec de l'ifosfamide (3.75g/m²
par jour pendant 2 jours). Les taux de réponse était
de 20 % avec la doxorubicine seule contre 34% avec l'association
AI [131][150]. L'amélioration
est donc réelle par rapport à une monochimiothérapie
de type doxorubicine. Par
ailleurs, une autre étude portant sur environ 1000 patients
indique un taux de réponse objectif moyen de 35% [158].
Il semble cependant exister, comme en monochimiothérapie, une
relation entre la dose de doxorubicine administrée
et l'efficacité thérapeutique de cette association (pour
une dose fixe d'ifosfamide à 5 g/m²) : 16% de
réponse objective à 40 mg/m² de doxorubicine,
30,5% à 50 mg/m², 39,4% à 60 mg/m² et enfin
45% à 75 mg/m² de doxorubicine [158].
L'adjonction de facteurs de croissance de type hématopoïétique
(Granocyte™, Neutropen™, Neulasta™...)
à une chimiothérapie de type AI-75 (doxorubicine
à 75 mg/m² + ifosfamide à 5 g/m²
sur une journée toutes les 3 semaines) a permis d'obtenir un
taux de réponse objective en phase II le plus élevé
jamais observé avec cette association (45% dont 10% de réponse
complète). Néanmoins, des doutes subsistent encore quant
aux doses optimales des deux produits. C'est pourquoi l'Organisation
Européenne de la Recherche et du Traitement du Cancer (EORTC)
a initié une grande étude randomisée comparant
l'administration de la doxorubicine seule (75 mg/ m²)
à la doxorubicine (75 mg/m²) associée
à l'ifosfamide (10 g/m² par cycle). Cette étude
est en cours.
- Association doxorubicine et dacarbazine (AD) : L'association
doxorubicine (60 mg/m²) et dacarbazine (250
mg/m²) a été comparée avec la doxorubicine
seule donnée à 70 mg/m²[153].
Dans cette étude, l'association a apporté un taux de
réponse de 30% contre 18% pour la doxorubicine seule.
Toutefois, le taux de réponse des patients prenant uniquement
de la doxorubicine était plus bas qu'à l'accoutumée.
En outre, une autre étude conduisant le même type de
test mais avec une dose un peu plus faible de doxorubicine
chez des patiens ayant un sarcome utérin n'ont pas montré
de bénéfices de cette association par rapport à
la doxorubicine seule.
-
Association doxorubicine, ifosfamide, mesna et dacarbazine
(MAID) : Une étude a comparé l'association
doxorubine+dacarbazine seule avec la même
association complétée par de l'ifosfamide (et
donc aussi du mesna). Les taux de réponse (17% versus
32%) plaident en faveur de l'association MAID. Toutefois, les données
sur la survie globale indiquent qu'il n'y a pas d'amélioration
par rapport à la doxorubicine seule.
- Association doxorubicine, dacarbazine, cyclophosphamide
ou actinomycine-D : Une étude a comparé l'association
doxorubicine+dacarbazine (AD) à
la même complétée soit par de la cyclophosphamide,
soit par de l'actinomycine-D [157].
Aucune différence n'a été constatée tant
sur les taux de réponse que sur la survie globale [131].
Conclusion : L'association ifosfamide+doxorubicine
(AI) montre la plus grande efficacité.
Conclusion générale : Des études assez peu
nombreuses ont été réalisées aussi bien
sur le plan de l'administration unique d'un agent antinéoplasique
que sur le plan d'agents multiples. Mais le nombre de sous-types des
sarcomes des tissus mous (près de 40) laisse penser aux experts que certaines
tumeurs sont plus sensibles que d'autres à des agents. Par exemple,
le paclitaxel considéré comme inactif sur les
sarcomes des tissus mous a montré un taux de réponse élevé
pour les angiosarcomes du cuir chevelu. Un autre exemple spectaculaire
est l'imatinib (Glivec™). La majorité
des GIST survient suite à une mutation spécifique dans
l'ADN qui entraîne un enzyme cellulaire, connu sous le nom de
KIT, à s'activer systématiquement. KIT
est un enzyme (appelé tyrosine kinase) responsable de
transmettre des signaux de croissance et de survie à l'intérieur
de la cellule. S'il est activé, la cellule reste vivante et grandit
ou prolifère. L'enzyme KIT de type mutant, incontrôlé
et suractif enclenche une croissance anarchique des cellules de la tumeur
GIST. L'enzyme KIT peut être identifié en recherchant
une portion d'enzyme appelée antigène CD117 (c'est
une partie d'enzyme pouvant être détectée par un
test de diagnostic spécial). Beaucoup de GIST produisent KIT
et la détection de CD117 permet de confirmer que la
croissance est une tumeur GIST. Le médicament à base d'imatinib
mesylate (Glivec™ ou STI-571)
inhibe l'activité de la tyrosine kinase et ainsi les
fonctions de plusieurs protéines dont la CD117 [181].
Comme les GIST dépendent beaucoup de cette protéine, l'imatinib
donne un taux de réponse impressionnant : 50% et beaucoup de
stabilisations parmi les patients restants. En
revanche, dans les autres sarcomes que les GIST et les DFSP, l'imatinib
a montré une inefficacité [180][131].
Tous ces exemples montrent que les types
de sarcomes diffèrent les uns des autres et qu'ils doivent être
testés dans des essais thérapeutiques différents.
Cliquer ici pour voir les
essais cliniques en cours.
Télécharger une publication médicale qui a servi à cet exposé (The Oncologist,2005) : 131
Enfin, pour les ostéosarcomes, les agents chimiques les plus
efficaces sont : le méthotrexate à hautes doses
associé à de l'acide folonique, le cisplatine,
l'ifosfamide et l'adriamycine.

Télécharger un document de la Fédération Nationale des Centres de Lutte contre le Cancer et
la Société Française d'oncologie pédiatrique sur le diagnostic, le traitement et la surveillance
de l'ostéosarcome 87

Chimiothérapie par perfusion de membre isolé
Alors que la chimiothérapie classique se diffuse dans
tout le corps, la chimiothérapie locale par perfusion
de membre isolé (isolated limb perfusion - ILP)
traite uniquement le membre touché par le sarcome des tissus
mous. L'ILP est particulièrement adaptée aux sarcomes
localement avancés où mal situés. Son objectif
est de traiter le cancer primitif et d'éviter d'avoir recours
à une chirurgie mutilante car l'exérèse d'un sarcome
doit être large mais certaines localisations rendent cet objectif
irréalisable sans une amputation. Le principe est d'isoler la
partie du corps à traiter (jambe, bras) et de limiter la diffusion
des produits dans l'organisme pour accroître leurs efficacités
grâce à un garrot et à une circulation sanguine
extra-corporelle (CEC). Cette technique utilise souvent une substance
chimique appelée TNF-alpha (une cytokine)
et du melphalan. Le TNF a des impacts sur la vascularisation
des tumeurs et peut conduire à leurs nécroses. Certains
centres pionniers en France utilisent cette technique récente,
citons l'IGR. La perfusion
isolée intra-artérielle de TNF-alpha (3-4 mg) et de melphalan
(10-13 mg/l de perfusion) associée à une hyperthermie
(38-39°C) entraîne en effet une réponse tumorale complète
dans 40 % des cas et des réponses partielles supérieures
à 50 % [28]. Elle permet d'éviter
les amputations dans 75% des cas. Malgré l'incidence élevée
des réponses histologiques complètes, le contrôle
local est nettement amélioré si la perfusion de membre
isolé est suivie d'une exérèse radicale de la tumeur
résiduelle [127].

Les nouveaux agents antisarcomes
Depuis une vingtaine d'années, aucun nouvel agent n'a
démontré une efficacité notable contre les
sarcomes des tissus mous avancés (métastasés,
inopérables ou chimiorésistants). Ils sont traités
surtout avec des anthracyclines (doxorubicine en tête) et
l'ifosfamide à hautes doses (un alkylant). Plus rarement avec du
Gemzar et du Taxotère (Gem/Tax) ou bien encore de
l'etoposide. Mais ces derniers donnent des résultats plus
aléatoires. Depuis peu, de nouveaux agents ont changé la
donne : l'ET-743 et un médicament antiangiogénique contre
le GIST : l'imatinib. Il est encore trop tôt pour tirer des
conclusions sur l'efficacité des traitements
antiangiogéniques sur l'ensemble des sarcomes des tissus mous et
osseux mais des essais cliniques sont en cours de réalisation
dans le monde. En effet, les médicaments
antiangiogéniques ont montré des résultats
encourageants dans d'autres cancers (poumon, sein, rein...).
Les médicaments antiangiogéniques
Le principe de l'angiogenèse est expliqué dans la rubrique "Traitements contre le cancer".
L'anti-angiogenèse cible les facteurs de croissance afin
d'empêcher la vascularisation des tumeurs. Leurs sources
d'énergie et de développement sont donc coupées ou
fortement atténuées, ce qui conduit à leurs morts,
à leurs stabilisations ou à leurs ralentissements. Le
facteur de croissance de l'endothélium vasculaire (VEGF) est
particulièrement visé car il prédomine dans
l'angiogenèse. Il existe deux stratégies pour
l'enrayer :
- Soit par un anti-corps monoclonal qui va
empêcher la capture VEGF par les récepteurs ; ce
mécanisme se produit donc en dehors de la cellule,
- Soit par un enzyme qui va bloquer à
l'intérieur de la cellule les tyrosines kinases des
récepteurs de facteurs de croissance de l'endothélium
vasculaire (VEGF-R).
L'anti-corps monoclonal a souvent un nom qui finit par "mab" et la molécule enzymatique par "nib". L'imatinib a montré une grande efficacité contre les GIST:

(src : British Journal of Cancer, GIST)
Contre les sarcomes, les essais thérapeutiques de médicaments antiangiogéniques deviennent de plus en plus nombreux.
Un nouvel agent de chimiothérapie contre les sarcomes des tissus mous : ET-743
(Traduit d'un article de Margaret von Mehren, MD. Fox Chase Cancer Center, Philadelphia du site liddyshriver)
L'ecteinascidin-743
(ET-743, Yondelis™, Pharma Mar/Johnson & Johnson) est un
nouvel agent de chimiothérapie provenant d'organismes marins.

Ecteinascidia
turbinata se développe dans son habitat naturel : la mer. L'
ET-743 est isolé de cet organisme. Photo utilisée avec la
permission de Pharma Mar USA.
Cet
agent est dérivé d'un organisme marin appelé
Ecteinascidia turbinata. C'est un alcaloïde
tetrahydroisoquinoline. Les agents alkylants (comme l'ifosfamide) se
lient à l'ADN et interrompent ses fonctions. L' agent ET-743 a
une méthode d'action unique qui est différente des
autres alkylants (comme l'ifosfamide par exemple). Il se lie à
l'hélice de l'ADN le long du sillon mineur et provoque une
courbure de la structure [261]. L' ET-743 s'attache à des
séquences de l'ADN qui contiennent de la guanine, un des
composants de construction de l'ADN [262]. Cela bloque la cellule dans
son processus de division [263], perturbe l'organisation des
microtubules des cellules [264] et inhibe la fonction des
topo-isomérases I, des enzymes importantes dans le processus de
reproduction de l'ADN [265]. L' ET-743 perturbe aussi la liaison
normale des protéines à l'ADN dont la fonction est
d'activer des gènes [266]. Le gène MDR1 est un des
gènes que l' ET-743 peut bloquer. Lorsque le gène MDR1
est activé, il produit une protéine qui évacue une
partie des agents de la chimiothérapie en dehors de la cellule.
Cela diminue la capacité des agents de chimiothérapie
à tuer la cellule cancéreuse. Lorsque la pompe MDR1 est
présente dans de larges proportions, elle amène des
résistances à la chimiothérapie [267]. Par
conséquent, l' ET-743 peut empêcher le
développement de chimio résistance parce qu'il freine la
production des protéines MDR1. Toutefois, une autre étude
suggère que le MDR1 est une des méthodes avec
laquelle les cellules cancéreuses deviennent résistantes
à l'ET-743 [268]. Des tests supplémentaires ont
montré que les cellules résistantes à l'ET-743
n'avaient pas toutes des niveaux élevés de MDR1 et que
les cellules avec des niveaux élevés de MDR1
n'étaient pas toutes résistantes à l'ET-743 [269].
Les
premières études sur l'ET-743 étaient
compliquées avec des fortes toxicités et quelques morts.
Les toxicités comprenaient des neutropénies et des
toxicités hépatiques (au niveau des transaminases), mais,
avec en plus des cas de rhabdomyolyses. Des épisodes graves de
rhabdomyolyse étaient vus en conjonction avec des
septicémies donnant des décès. Dans les essais
cliniques de phase II au centre Dana Farber, une analyse a
été faite pour comprendre le lien entre les
toxicités et les caractéristiques des patients. Des
élévations de phosphatases alcalines étaient
associées à des toxicités excessives [270]. A la
suite de ceci, des études ont fait passer des tests de
dépistage à des patients pour s'assurer du lien entre des
valeurs normales de phosphates alcalines et des toxicités
sévères diminuées. Par ailleurs, les dosages d'
ET-743 doivent être adaptés en fonction du nombre de
neutrophiles, de plaquettes et des indicateurs du foie
(transaminases...).
Études précliniques de l' ET-743 sur les sarcomes
L'
ET-743 a été testé sur beaucoup de cellules
souches tumorales issues de sarcomes des tissus mous ou osseux
[271][272]. Li et ses collègues [271] ont testé
l'ET-743 sur des cellules souches tumorales humaines de fibrosarcomes,
chondrosarcomes mésenchymateux, liposarcomes,
hémangiopéricytomes et histiocytofibromes malins (MFH).
Dans son étude, les cellules souches tumorales de MFH et de
fibrosarcomes étaient les plus sensibles à l'ET-743, ce
qui est intéressant car les fibrosarcomes ne sont pas
cliniquement très sensibles à la chimiothérapie.
L' ET-743 s'est révélé être plus efficace
que d'autres agents utilisés contre les sarcomes tels que la
doxorubicine, le methotrexate, l'etoposide et le paclitaxel. La
présence de protéines ordinairement
altérées et qui pouvaient diminuer la réponse
à la chimiothérapie telles que la p53, la pRb et la
surexpression de MDM2, n'était pas constatée et
n'affectait donc pas le bénéfice thérapeutique de
l'ET-743. En plus, l'ET-743 ne modifiait pas les niveaux de
protéines qui pouvaient conduire à une résistance
cellulaire. Ce même groupe a étudié les effets de
l'ET-743 combiné avec de la doxorubicine, du trimetrexate ou du
paclitaxel sur les cellules souches cancéreuses du cancer du
sein, du fibrosarcome et du liposarcome. Ils ont
déterminé que la combinaison ET-743+doxorubicine
conduisait à une activité anti mitotique plus grande
[273][274]. L'ordre d'administration des drogues donnait de plus grands
résultats lorsque l'ET-743 était donné avant la
doxorubicine ou le paclitaxel. La combinaison ET-743+trimetrexate
donnait moins d'effets que chacun des agents seuls. Des études
supplémentaires testant la combinaison ET-743+doxorubicine dans
les cellules souches cancéreuses du fibrosarcome et du
rhabdomyosarcome (RMS) révélaient la combinaison comme
plus efficace que chacun des agents seuls [275]. En particulier,
l'association de ces agents lorsqu'ils étaient donnés
simultanément montrait une activité significative contre
les cellules souches cancéreuses du fibrosarcome et
résistantes à la doxorubicine. En plus, l' ET-743 a
été étudié en association avec le
cisplatine, un agent utilisé communément dans les
ostéosarcomes [276]. Dans une variété de cellules
tumorales souches, comprenant le rhabdomyosarcome, l'association
ET-743+cisplatine était plus efficace que les agents seuls.
Scotlandi et ses collègues ont évalué l'ET-743
dans les cellules souches tumorales du sarcome d'Ewing et de
l'ostéosarcome. L' ET-743 montrait une efficacité contre
les cellules souches du sarcome osseux aussi bien que les cellules
souches rendues résistantes au cisplatine, à la
doxorubicine et au methotrexate. Le traitement à l'ET-743
in-vitro des cellules souches du sarcome d'Ewing conduisait à la
mort des cellules en 24-72 heures. Dernièrement, l'association
de l'ET-743 avec un nouvel agent antiangiogénique conduisait
à davantage de morts dans les cellules cancéreuses et
à moins de vaisseaux sanguins dans le modèle du
chondrosarcome [277].
Essais cliniques de phase I
L'objectif
principal d'un essai clinique de phase I est de déterminer la
dose maximale tolérable qui peut être donnée
sûrement sans effets secondaires graves.
La
première étude de phase I a évalué l'ET-743
selon un mode d'administration du produit par injection continue de 24
heures répétée tous les 21 jours [278]. Des doses
de 50 à 1800 microgrammes par m² ont été
testées. Les effets secondaires les plus courants et qui
limitaient une augmentation des doses étaient des niveaux bas de
neutrophiles et de plaquettes. En outre, la majorité des
patients ont eu des élévations des niveaux dans les tests
de fonction du foie, et les patients qui avaient des dysfonctionnements
du foie étaient plus sujets à avoir des effets
secondaires graves. La dose maximale tolérée était
de 1500 microgrammes/m² pour les patients qui avaient reçu
de la chimiothérapie avant. Trois patients ont eu une diminution
tumorale pendant 3 mois ou plus. L'activité de ce mode
d'administration contre les sarcomes a été donnée
en incluant 12 patients de l'essai de phase I ci-dessus avec en plus de
17 patients qui bénéficiaient de cet essai dans le cadre
d'un traitement compassionnel [279]. L'étude inclue donc 29
patients dont 25 avec un sarcome des tissus mous, 3
ostéosarcomes et un sarcome d'Ewing traités avec des
doses de 1200, 1500 ou 1800 microgrammes/m². La plupart des
patients avait des grosses tumeurs considérées comme
chimio résistantes, notamment aux anthracyclines (la
doxorubicine essentiellement), lesquelles représentaient la
première ligne de traitement standard contre les sarcomes des
tissus mous, localisés ou métastasés. Deux
patients, un sarcome des tissus mous et un ostéosarcome, ont eu
une régression tumorale significative et 12 sujets ont eu une
stabilisation de 2.8 à 15 mois avec une médiane de 10.5
mois pour la durée de réponse et 5.2 mois pour la
durée de stabilisation (la médiane est un terme
statistique qui représente le milieu d'un ensemble de nombres.
Si j'ai une famille de 5 enfants âgés de 5, 9, 11, 12, 16,
la médiane de l'âge est de 11 ans). Un essai de phase I a
également observé l'impact d'une injection continue sur
72 heures répétée tous les 20 jours. Il
évaluait des doses de 600, 900, 1200 et 1050
microgrammes/m² en s'appuyant sur les dernières
quantités de produit recommandées par des études
supplémentaires. Le niveau de dosage le plus élevé
était compliqué à gérer à cause de
changements hépatiques importants et des niveaux de globules
blancs et des plaquettes. Également à cause d'un effet
secondaire grave : la rhabdomyolyse qui conduisait à des
blocages dans les reins [280]. Qui plus est, l'allongement de la
durée d'injection à 72 heures est associé à
des effets sur les globules rouges et plus la dose est importante, plus
la toxicité hépatique est grande [281]. Plus
récemment, un essai clinique de phase I qui administrait
l'ET-743 quotidiennement pendant 5 jours a rapporté une dose
maximale tolérée selon ce schéma de 325 mg/m²
[282]. D'une manière générale, les
toxicités rencontrées dans tous les schémas
d'administration sont : la neutropénie, la thrombopénie
et des impacts hépatiques (transaminases). Des toxicités
graves aboutissant à la mort ont cependant été
vues. Une analyse de 5 essais de phase I révèle que les
patients qui ont une augmentation des phosphatases alcalines du foie en
suivant l'ET-743 ont plus de risques d'avoir des effets secondaires
graves [283]. Maintenant, les protocoles intègrent
fréquemment des évaluations sanguines des fonctions du
foie entre les cycles de la thérapie. En outre, des
études précliniques sur des rats indiquent que les
toxicités hépatiques sont atténuées
lorsqu'ils reçoivent de la dexamethasone [284]. La dexamethasone
est maintenant une pré médicamentation standard pour les
patients recevant de l'ET-743.
Essais cliniques de phase II
Les
essais cliniques de phase II testent un nouvel agent ou une association
de drogues et cherchent à voir leurs efficacités sur les
maladies. Ils intègrent très souvent des malades ayant
des métastases chimio résistantes ou inopérables.
Une
injection de l'ET-743 en continue sur 24 heures a été
évaluée chez des individus ayant un sarcome des tissus
mous avancé et métastasé. Des taux de
réponses objectives ont été notés dans 14 %
des cas avec un supplément de 14 % dans la stabilisation de la
maladie [285]. La survie à 1 an sans progression tumorale
était de 18% et 49 % de patients étaient vivants à
1 an.
Deux essais de phase II aux États-Unis et en France
ont fait entrer des patients métastasés et chimio
résistants (traités auparavant avec un agent unique -
doxorubicine ou ifosfamide - ou bien avec les deux en même temps
[286][287], les patients de l'étude Française avaient eu
un prétraitement important). Dans ces deux études, des
réponses objectives étaient notées dans 8 % et 4 %
des patients respectivement, avec une réponse complète
chez un patient avec un liposarcome. Des réponses étaient
également vues dans les leiomyosarcomes et fibrosarcomes. 60 %
des patients avec une réponse ou une stabilisation de la maladie
dans l'essai Français étaient résistants aux
anthracyclines et/ou l'ifosfamide. Les investigateurs Français
ont rapporté que 24 % des patients étaient sans
progression tumorale à 6 mois, avec 30 % de patients vivants
à 2 ans. L'essai Américain a rapporté que 9 % des
patients n'avaient pas de progression tumorale à 1 an,
toutefois, 53 % des patients restaient vivants à 1 an.
Bien que les taux de réponse aient été bas dans
ces essais, ces études considèrent avoir prolongé
la survie sans progression tumorale.
Un essai de phase II chez
des patients avec un ostéosarcome prétraité et
utilisant une injection d'ET-743 continue sur 24 heures démontre
une activité [288]. Les participants de cette étude
étaient plus jeunes que ceux des études
précédemment réalisées, avec un âge
moyen de 18 ans mais s'étalant de 12 à 67 ans. Les
patients avaient tous reçu précédemment une
thérapie standard pour leurs maladies et la plupart avait
également eu de la chimiothérapie pour des
récidives. Le nombre médian de chimiothérapies
précédentes était de 5. Il n'y avait pas de
réponse complète ou partielle chez les patients,
toutefois, 3 ont eu des réponses mineures avec une diminution de
la taille de la tumeur de 49 %, 36 % et 25 %.
Une autre
étude de phase II menée en 2005 par l'Organisation
Européenne de la Recherche et du Traitement du Cancer (EORTC) a
évalué l'ET-743 sur 99 patients ayant des sarcomes
métastasés chimio résistants (104 initialement).
Le schéma d'administration était une injection de 1500
microgrammes/m² continue sur 24 heures et
répétée toutes les 3 semaines. Les patients
présentaient des sarcomes avancés et
prétraités : 41 % des leiomyosarcomes, 17.3 % des
synovialosarcomes, 9.6 % des liposarcomes, 8.6 % des sarcomes divers,
6.7 % des sarcomes non différenciés, 5.7 % des MFH, 4.8 %
des sarcomes non classifiés, 6% d' angiosarcomes, de
rhabdomyosarcomes, de fibrosarcomes et de neurosarcomes. Finalement,
8.1 % ont eu une réponse objective, 45.5 % de stabilisations
(pas de changement) et 35.4 % ont vu leurs maladies progresser. Les
réponses ont été observées dans les
leiomyosarcomes (24/43), les synovialosarcomes (11/18), les
liposarcomes (4/10) et le MFH (5/6). L'étude signale une survie
sans progression tumorale de 29 % à 6 mois, soit une des plus
grandes rencontrées dans les essais cliniques de nouveaux agents
cytotoxiques à l'EORTC, s'agissant des patients ayant un sarcome
avancé prétraité. Le taux de survie à 1 an
était de 42 %.
Télécharger le rapport
d'étude sur cet essai ici : ET-743-2005.
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