Les
lignes classiques de traitement sont représentées par
la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Ces
traitements sont proposés et associés selon le contexte.
Plus rarement, on a recours à l'hormonothérapie ou à
l'immunothérapie, pour les cancers sensibles à ces
traitements.
La chirurgie
C'est sans doute la technique la plus efficace contre le cancer. La
chirurgie cherche à extraire la tumeur primitive ou les
métastases en intégralité. Elle peut avoir lieu
avant ou après un traitement de chimiothérapie ou de
radiothérapie. En général, avant la chirurgie, il
est préférable de refroidir une tumeur avec un traitement
anticancéreux de type chimiothérapie ou
radiothérapie, plutôt que d’opérer lorsque la
tumeur est en pleine extension. Par ailleurs, il faut souvent faire une
exérèse plus large que la tumeur elle-même, afin de
ne pas laisser des cellules microscopiques en périphérie
de la tumeur. Suivant la localisation de la tumeur, on parle de
lobectomie (ablation d'un lobe de poumon), de pneumonectomie (ablation
d'un poumon), d'ovariectomie (les ovaires), de laryngectomie
(larynx)... Les techniques de chirurgie pour les sarcomes seront
discutées sur la page "Traitements
des sarcomes".
La
chimiothérapie
Ce
sont des substances chimiques destinées à ralentir,
stabiliser ou éradiquer des foyers cancéreux. Elle agit
sur toutes les tumeurs cancéreuses du corps, contrairement
à la radiothérapie et à la chirurgie qui sont des
traitements locaux (bien qu'il existe des techniques locales de
chimiothérapie). Voici les principales familles
d'anticancéreux avec leurs agents :
-
Les agents alkylants : Ce sont des agents comprenant des molécules
d'hydrocarbure qu'on appelle alcanes, car elles ne sont constituées
que d'atomes de carbone et d'hydrogène [6].
On les appelle aussi "moutardes azotées" [5].
Les alkylants arrêtent la croissance des tumeurs en empêchant les
brins d'ADN de se démêler et de se séparer ; ceci
prévient la réplication de l'ADN, et dès lors ces
cellules cessent de se diviser. Les
alkylants les plus utilisés sont le cyclophosphamide
(Endoxan™), l'ifosfamide,(Holoxan™),
le melphalan (Alkéran™), la procarbazine
(Natulan™), le busulfan (Misulban™),
le triphosphoramide (Thiotépa™)
, l'hexamethylmélamine (Hexastat™)
, la dacarbazine (Déticène™),
la chlorméthine (Caryolysine™)
[5].
-
Les agents intercalants : Ce sont des agents dérivés
de la famille des anthracyclines. Ils sont d'origine naturelle (par
exemple la doxorubicine provient d'une algue de l'Adriatique) et isolés
comme les antibiotiques de micro-organismes (actinobactéries
du genre streptomyces). Ils s'intercalent entre les paires de bases
azotées de l'ADN [7]. En général, l'intercalation seule n'est pas suffisante
pour perturber la réplication et la transcription de l'ADN. L'agent
qui s'intercale doit aussi altérer chimiquement l'ADN, le plus souvent
par formation de radicaux libres, et inhiber sa réplication ou sa transcription
[8]. Les
intercalants les plus utilisés sont la doxorubicine
(Adriamycine™), la daunorubicine (Cerubidine™),
l'epirubicine (Farmorubicine™), mitoxantrone
(Novantrone™), la pirarubicine (Théprubicine™),
l'idarubicine (Zavedos™), l'actinomycine
D (Dactinomycine™) et l'amsacrine
(Amsidine™)[5].
-
Les anti-topo-isomerases : Les topo-isomérases sont des
enzymes qui 'dénouent' l'enroulement très important de
l'ADN avant sa transcription ou sa réplication. Les anti-topo-isomérases
empêchent la synthèse correcte de l'ADN après la séparation des brins [9].
Les plus utilisés sont la ténéposide,
l'étoposide, l'irinotécan (Campto™),
le topotécan (Hycamtin™).

-
Les vinca-alcaloïdes : Ils sont issus de la pervenche[10].
Sous l'effet de ces poisons, on retrouve une désorganisation
des chromosomes au moment de la mitose. Les vinca-alcaloïdes les
plus courants sont la vincaleucoblastine (Velbé™),
la vincristine (Oncovin™), la vindésine
(Eldésine™), la vinorelbine (Navelbine™).
-
Les taxanes : Ils sont dérivés de l'if. Ils affectent
des structures de cellule nommées micro-tubules. Les
micro-tubules sont en effet des réseaux qui vont être utilisés
pour transporter du "matériel" nécessaire à
la division cellulaire [11]. Les plus connus
sont le paclitaxel (Taxol™) et le docétaxel
(Taxotère™).
Exemple de micro-tubules d'un ovocyte de souris. Les micro-tubules sont
les "tentacules vertes" (CNRS)
-
Les sels de platine : Les sels de platine ont été
découverts en 1965 par leurs propriétés d’inhiber
la croissance des bactéries près d'électrodes en
platine. Ils interfèrent dans la réplication et la transcription
de l'ADN ce qui finit par tuer la cellule. Les mécanismes d'action
précis restent à élucider [11].
Les plus utilisés sont le cisplatine (Cisplatyl™),
le
paraplatine (Carboplatine™), l'oxaliplatine
(Eloxatine™).
Les médicaments antiangiogéniques :
révolution ou évolution ?
L'angiogenèse
est un mécanisme naturel et indispensable à la vie de
l'organisme. Ce processus permet de créer ou de
développer des vaisseaux sanguins dans les régions de
l'organisme. Ce « réseau routier » transporte le
sang et les nutriments aux cellules, tout en éliminant les
déchets de l'organisme. L'angiogenèse est utile pour
empêcher la mort de zones parfois vitales. Par exemple, en cas
d'infarctus du myocarde, d'attaque cérébrale ou
d'ischémie des membres, la formation de nouveaux vaisseaux
sanguins permet de remplacer ou de compléter ceux qui sont
obstrués ou endommagés. Ainsi, les organes survivent et
les fonctions sont préservées. Une tumeur
cancéreuse a également besoin de l'angiogenèse
pour survivre et se développer. Ce mécanisme lui permet
de capturer les facteurs de croissance (GF en Anglais) produits par les
cellules qui tapissent la paroi interne des vaisseaux voisins -
l'endothélium vasculaire (VE) - pour former de nouveaux
capillaires sanguins. Ces nouvelles « routes » apportent
oxygène et nutriments nécessaire à la tumeur [on
appelle ce processus néovascularisation]. Les facteurs de
croissance de l'endothélium vasculaire sont appelés
« VEGF » en Anglais. Dés lors qu'une tumeur maligne
dépasse 1 mm3, ses cellules deviennent plus gourmandes en
facteurs de croissance que les cellules saines. A la surface des
cellules cancéreuses, des milliards de récepteurs
capturent les VEGF de manière excessive. Ces récepteurs
sont appelées « VEGFR », et ils représentent
le pendant des VEGF. Au moment des captures des facteurs de croissance
par les récepteurs, des enzymes (les tyrosines kinases) vont
être stimulées pour transmettre des messages chimiques au
noyau de la cellule. Ces messages incitent la cellule cancéreuse
à se dupliquer. Les antiangiogéniques consistent à
court-circuiter ces messages : ce sont des inhibiteurs de tyrosines
kinases. Le VEGF joue un rôle fondamental dans la croissance du
cancer, mais il en existe d'autres : le facteur de croissance basique
des fibroblastes (bFGF), le facteur de croissance des cellules
endothéliales dérivées des plaquettes (PDECGF), le
facteur de croissance épidermique (EGF)... En définitive,
l'antiangiogenèse inhibe ces facteurs de croissance afin
d'empêcher la vascularisation d'une tumeur. Ses sources
d'énergie et de développement sont donc coupées ou
fortement atténuées, ce qui conduit à son
asphyxie.
Le facteur de croissance de l'endothélium vasculaire (VEGF) est
particulièrement visé, car il prédomine dans
l'angiogenèse. En fait, il constitue une famille qui comporte
quatre ligands : VEGF-1, VEGF-2, VEGF-3, VEGF-4. Il existe deux
stratégies pour l'enrayer :
- Soit par un anticorps monoclonal qui va
empêcher la capture des VEGF par les récepteurs ; ce
mécanisme se produit donc en dehors de la cellule,
- Soit par un enzyme qui va bloquer à l'intérieur de la cellule les tyrosines kinases générées par la capture des VEGF.
L'anticorps monoclonal a souvent un nom qui finit par "mab" et la molécule enzymatique par "nib".
Le contrôle de l'angiogenèse est un domaine de la
recherche qui est très actif (il existe beaucoup d’essais
cliniques). Son objectif est de détruire, stabiliser ou ralentir
les tumeurs malignes. Même s'il n’est pas un
médicament miracle, car des résistances peuvent finir par
se créer, il permet de vivre avec la maladie en la muselant
pendant de longues périodes.

(src:www.roche.de)

(src:www.presse.ulg.ac.be)
La
radiothérapie
Il
s’agit d’exposer les cellules cancéreuses à
un rayonnement ionisant, c’est-à-dire une émission
de radiations qui va altérer la composition de l’information
génétique des cellules cancéreuses. Ce matériel
génétique subit des transformations, qui rendront
la cellule incapable de se reproduire [12].
Les rayonnements ionisants peuvent être des particules ou des
ondes. Les radiations sont souvent des rayons
X (ondes) ou des électrons (particules) produits par des accélérateurs.
Plus rarement des rayons gamma. Les protons et neutrons sont d'utilisation
exceptionnelle [13]. La machine est programmée
pour envoyer ses rayons dans des zones précises, de l'ordre du
millimètre. On peut régler l'incidence des rayons et la
profondeur de tissu traversé ainsi que l'intensité.
Accélérateur de particules.
www.tomotherapy.com
Régression d'un cancer du poumon après 30 doses
Depuis peu, des nouvelles techniques sont apparues. Leur avantage est
de protéger les tissus voisins dans des localisations délicates
(crâne, poumon...) en ciblant la tumeur précisément et
en l'irradiant plus intensément. La radiothérapie conformationnelle
en trois dimensions (RC3D) cible très précisément les tumeurs
en prenant en compte leurs volumes. Sa variante, la RC3D avec modulation
d'intensité (RCMI), permet un dosage variable de rayons suivant
la forme du volume. La radiothérapie asservie à la respiration
(RAR) traite les tumeurs thoraciques qui "bougent" lors de
la respiration. Enfin, la dernière nouveauté est la tomothérapie.
Elle utilise un anneau semblable à un scanner. Le patient est
placé dans cet anneau, et l'appareil est à la fois capable
de produire une image scanner de la tumeur à traiter, et de l'irradier
très précisément en coupes élémentaires.
Les rayons X envoyés tournent autour du patient, et la tumeur
est irradiée de tous les côtés selon des coupes
hélicoïdales. Au jour le jour, la tumeur est visualisée,
et le rayonnement appliqué aux coupes est adapté en fonction
de la régression de la tumeur.

L'hormonothérapie
L'hormonothérapie
[13] est utilisée pour lutter contre les cancers qui utilisent les hormones pour se développer.
Ce
traitement empêche les cellules cancéreuses de capter et
d'utiliser les hormones dont elles ont besoin. Il s'agit donc en fait
de substances anti-hormones. L'hormonothérapie est particulièrement
efficace dans le cancer du sein et de la prostate. Les principales hormones
utilisées sont :
- Les
oestrogènes et les antioestrogènes : Kessar™,
Nolvadex™, Oncotam™, Tamofène™, Fareston™...
- Les progestatifs : Dépo-Prodasone™, Farlutal™,
Megace™...
- Les antiandrogènes : Casodex™ Androcur™,
Eulexine™, Prostadirex™, Anandron™...
- Les inhibiteurs de l'aromatase : Orimétène™,
Arimidex™, Aromasine™, Fémara™...
L'immunothérapie
L'idée est de stimuler le système immunitaire pour stopper
ou ralentir la progression des cellules malignes. Les globules blancs
sont les piliers du système immunitaire, il y a principalement
les monocytes et les lymphocytes (T, B...). L'approche est d'utiliser
des substances fabriquées par génie génétique
pour stimuler ces globules blancs. Ces agents sont :
- Les cytokines : Interféron (Roféron™) , interleukine (Proleukin™), TNF (alpha, beta)...
- Les anticorps monoclonaux : Alemtuzumab (MabCampath™),
Rituximab (Mabthera™)...
Malheureusement, le point d'achoppement de l'immunothérapie
réside dans le fait que les cellules cancéreuses sont peu
antigéniques, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas ou mal
reconnues par le système immunitaire. Dans
le futur, l'idée de l'immunothérapie est de mettre au
point un vaccin anticancer. Pour cela, il faut identifier les protéines
propres à chaque type de cancer et leurs antigènes. Le
vaccin aurait pour but de ralentir la progression du cancer ou de le
prévenir (notamment en cas de prédispositions génétiques).
Les lymphocytes tueurs ont repéré les antigènes
de la cellule cancéreuse...
...Et ils la détruisent.