Voici une liste de réponses simples aux premières
questions que l’on se pose sur le cancer.
Qu’est-ce qu’un cancer ?
Au
départ, le cancer se manifeste par une tumeur,
c’est-à-dire une boule assez ferme et peu élastique
à la palpation (pour les cancers des os : un os
effrité ou avec des excroissances osseuses anormales). Le site
initial de cette tumeur peut se trouver n’importe où dans
le corps. La première tumeur maligne, appelée tumeur
primitive, est un amas de cellules cancéreuses. A titre
d’exemple, une tumeur d'un centimètre cube
représente environ un milliard de cellules. Ces dernières
se dupliquent à l'infini, car elles échappent aux
mécanismes de régulation de l'organisme. Les gènes
des cellules cancéreuses sont altérés et par
suite, les protéines le sont aussi. Souvent, les gènes
défaillants ne sont pas transmis par
hérédité, mais ils le deviennent au cours de la
vie en raison de facteurs multiples : virus, produits chimiques
agressifs, radiations, particules nocives, tabac, mauvaise
alimentation... Arrivées à un certain stade
d'évolution, des cellules cancéreuses nomades peuvent
s'échapper de la tumeur primitive. Elles voyagent dans le
courant sanguin ou lymphatique, et celles qui survivent à ce
périple se reproduisent dans une nouvelle région d'asile
favorable. On nomme alors ce nouvel amas : tumeur secondaire ou
métastase. Lorsqu'une tumeur maligne n'est pas traitée,
qu'elle soit primitive ou secondaire, son développement
inexorable finit par bloquer des vaisseaux sanguins stratégiques
ou des organes vitaux à proximité, ce qui entraîne
la mort. (src:université
médicale de Lyon ,
centre
de lutte contre le cancer François Baclesse, Fédération
Nationale des Centres de Lutte contre le cancer à
volume tumoral dans le dictionnaire).
A quelle
vitesse le cancer grossit-il dans le corps ?
Difficile à dire, car les variables sont nombreuses : type et
grade du cancer, âge, localisation, individu... Le cancer se
forme à partir
d'une seule cellule qui devient "défectueuse". On estime que
si rien n'arrête la prolifération de la cellule
cancéreuse, elle va se diviser avec un rythme de doublement (1,
2, 4, 8, 16, 32...) compris entre 30 et 100 jours (bien sûr
cette fourchette est approximative). Si l'on considère que le
temps de doublement moyen est de 60 à 100 jours, pour atteindre
un gramme (soit 1 cm cube : environ 1 milliard de cellules), il
faut pour la plupart des cancers, 30 doublements, donc en moyenne 60
à 90 mois (donc 5 à 8 ans). C'est pourquoi on dit que
le malade est officiellement guéri après 5 ans, si
aucune tumeur n'a
été détectée par imagerie
médicale depuis la fin du traitement. Pour des tumeurs "plus
lentes", cette "barrière"
peut passer à 10 ans. Après
10 ans sans récidive, le malade a très peu de risques de
"rechuter" : environ 2 % tout âge et cancers confondus (src:Institut
National de la Santé et de la Recherche Médicale. Cancers
et pronostic à long terme. Avril 2006 ;association de recherche cancérologique de Saint-Cloud, site du professeur Jean-François Heron, Centre régional du cancer François Baclesse, Université de Médecine à Caen)
Guérit-on
du cancer ?
Oui. Lorsque le malade ne présente plus de signes de maladie
après quelques années (en général 5,
une étude de l’Inserm montre que le risque de rechute
après 10 ans est de 2%). Globalement, en France, un cancer sur deux
se guérit.
Qu’est-ce qu’une rémission ?
C’est l’absence de tout signe visible du cancer, mais ce
n’est pas encore la guérison. En effet, les scanners ne
peuvent pas détecter les tumeurs inférieures à 2
millimètres. Il faut donc attendre, de manière
qu’elles puissent se développer si elles existent, afin de
les repérer et de les détruire. La rémission est
une période durant laquelle le sujet peut rechuter, ou au
contraire continuer à vivre sans récidive. Cette
période incertaine précède la guérison
proprement dite.
Quelle
est l’incidence du cancer ?
D’après l’OMS, plus de 11 millions de personnes sont
diagnostiquées avec un cancer chaque année dans le
monde, et il tue environ 7 millions de personnes chaque
année (presqu’autant que la Première Guerre
Mondiale). Le nombre de cancer pourrait atteindre 15 millions de
nouveaux cas par an en 2020.
En France, d’après la Ligue Nationale Contre le Cancer,
les projections montrent qu’un Français sur trois aura
un cancer dans sa vie.
Qu’est-ce qu'
un cancer primitif, et qu’est-ce qu’une métastase
?
La première tumeur maligne s’appelle « cancer
primitif » ou « tumeur primitive ». Lorsqu’une
tumeur apparaît ailleurs que le premier site envahi, on
l’appelle « tumeur secondaire » ou «
métastase ». En effet, des cellules cancéreuses
peuvent se décrocher de la tumeur primitive, puis elles viennent
s’installer et se développer à d’autres
endroits du corps, grâce à la circulation sanguine ou
lymphatique.
Pourquoi
développe-t-on un cancer ?
Toutes les causes sont encore loin d’avoir été
identifiées. Il existe toutefois des causes bien connues
et qui dépendent du type de cancer : héréditaires,
viraux, immunitaires, alimentaires (une alimentation riche en légumes
et fruits est conseillée), environnementales (agents irritant
l’organisme et finissant par déformer les gènes
de l’ADN : amiante, arsenic, dioxine, formaldéhyde
et benzène contenus dans les parfums, les nettoyants ménagers
et les meubles en bois, pesticides, tabac…).
Qu’est-ce que le grade d’une tumeur cancéreuse ?
C’est
une valeur qui donne une indication sur l’ « agressivité
» de la tumeur. Les tumeurs de faible grade ont moins de risques
de métastaser que les tumeurs de haut grade. Le grade est
calculé en fonction de la vitesse de croissance de la tumeur
primitive (index mitotique) et de sa « maturité »
(exprimée en % de nécrose).
Qu’est-ce qu’une chimiothérapie ?
C’est l’administration de médicaments anticancéreux.
Ces derniers enrayent certains mécanismes de l’ADN
dont la duplication de la cellule. Ils agissent sur toutes les cellules,
saines ou cancéreuses, et ce dans tout le corps. Mais ces
dernières sont en général plus sensibles que
les autres. En général, l’administration de ces
médicaments s’organise en séances de quelques
heures ou quelques jours. Entre chaque séance, il y a des
périodes de repos durant lesquelles le malade récupère
des effets secondaires de la chimiothérapie. En général,
les séances ou cures ou cycles sont espacées de 3
semaines (le temps que les composants du sang se régénèrent
suffisamment, et que les cellules cancéreuses ne se revigorent pas trop). ).
Quels
sont les médicaments utilisés en chimiothérapie
?
Il en existe au moins une trentaine. Ils sont regroupés en
familles. Certaines familles sont dérivées de végétaux
comme les vinca-alcaloïdes (pervenche) ou les taxanes (if).
D’autres dérivent des hydrocarbures comme les alkylants
ou de micro-organismes comme les anthracyclines (agents dits intercalants).
La chimiothérapie peut utiliser un seul médicament
ou plusieurs. Dans ce dernier cas, la combinaison peut améliorer
mutuellement la performance de chacun des agents (synergie).
Qu’est-ce qu’un médicament anti-angiogénique ?
C’est un agent capable d’empêcher les récepteurs
de facteurs de croissance (se trouvant à la surface de la
cellule cancéreuse) de recevoir les protéines ou enzymes
qui sont nécessaires à sa croissance et à
sa survie. La cellule s’asphyxie, car elle n’est plus
assez vascularisée.
Quels
sont les effets secondaires de la chimiothérapie ?
Ils sont complètement variables d’un individu à
l’autre, et ils dépendent des médicaments anticancéreux
administrés ainsi que de leurs doses. Pour un même
individu, ils peuvent aussi varier d’une séance à
l’autre. Voici une liste des effets secondaires possibles
: chute de cheveux (alopécie), nausées, vomissements, fatigue, irritabilité,
diarrhées, brûlures, neutropénie (baisse de globules blancs appelés neutrophiles),
anémie (baisse de globules rouges). Les effets secondaires
sont assez bien maîtrisés par les anti-émétiques
(pour contrôler les nausées et les vomissements : Zophren™,
Kytril™, Primperan™, Vogalen™, Lagarctyl™…)
et les facteurs de croissance hématopoétiques (pour
booster les globules blancs et rouges : EPO, Neulasta™, Granocyte™,
Neupogen™…).
Quels
sont les médicaments utilisés pour traiter les nausées
et vomissements induits par une chimiothérapie ?
Les granisétrons (Kytril™), les ondansétrons
(Zophren™) et les tropisétrons (Navoban™) constituent
la première ligne de traitement des nausées et vomissements
induits par la chimiothérapie. Parallèlement, on peut
donner des anxiolytiques car la composante psychogène joue
un rôle certain (Xanax™, Temesta™…). Si
c’est insuffisant, on peut ajouter en deuxième ligne
de traitement les antidopaminergiques périphériques
comme le métoclopramide (Primperan™) et la dompéridone
(Motilium™). Si c’est encore insuffisant, on peut ajouter
en troisième ligne des neuroleptiques comme l’halopéridol
(Haldol™) ou chlorpromazine (Largactil™)...
Qu’est-ce que la radiothérapie ?
C’est l’irradiation des tissus cancéreux par des
rayons X ou gamma, ou bien encore par des particules comme les
neutrons ou protons. Les rayons traversent le noyau des cellules
enrayant ainsi certains mécanismes de l’ADN qui assurent
la survie et la duplication de la cellule. Ils agissent localement sur
toutes les cellules en regard des rayons, qu’elles soient saines
ou cancéreuses. Les séances se font plusieurs fois
jusqu’à une dose cumulée exprimée en
Gray. Le traitement peut s’étaler sur plusieurs semaines.
Qu’est-ce que la curiethérapie ?
Durant un délai de deux à cinq jours, on place des
aiguilles radioactives dans la tumeur cancéreuse à
traiter, ou bien autour. C'est un dérivé de la
radiothérapie. Elle permet d'irradier moins fortement les tissus
malades, mais elle le fait en continu. Le patient doit rester dans une
chambre plombée pour ne pas diffuser des rayonnements à
l'extérieur. La curiethérapie est indiquée en cas
de récidives locales, sur des localisations anatomiques
difficilement accessibles par une radiothérapie classique, ou
afin de préserver la fonctionnalité d'un membre ou d'un
organe.
Qu’est-ce que la radiothérapie conformationnelle (RC3D et RCMI)
?
Elle cible la tumeur cancéreuse plus précisément
que la radiothérapie classique, car elle prend en compte son
volume dans l’espace. Par conséquent, on peut irradier
plus fortement la tumeur, sans risquer de détruire les tissus
voisins. Elle s’adresse à des tumeurs localisées
pour lesquelles une augmentation de l’irradiation présente
un intérêt : prostate, crâne, poumons, foie,
pancréas….. Sa variante, la RC3D avec modulation
d'intensité (RCMI), permet un dosage variable de rayons suivant
la forme du volume.
Qu’est-ce que la radiothérapie asservie à la respiration
(RAR) ?
Un dispositif de capture électronique placé sur l’abdomen
du malade permet de suivre en temps réel les mouvements de
la cage thoracique dus à la respiration. Ces mouvements sont
analysés par un logiciel d’ordinateur qui va déclencher
l’irradiation de la tumeur thoracique toujours
au même moment du cycle respiratoire. Ainsi, la tumeur est davantage irradiée.
Qu’est-ce que la tomothérapie ?
Elle utilise un anneau semblable à un scanner. Le patient
est placé dans cet anneau. L'appareil est à la fois
capable de produire une image scanner de la tumeur à traiter,
et de l'irradier très précisément en coupes élémentaires.
Les rayons X envoyés tournent autour du patient, et la tumeur
est irradiée de tous les côtés selon des coupes
hélicoïdales. Au jour le jour, la tumeur est visualisée,
et le rayonnement appliqué aux coupes est adapté en
fonction de la régression de la tumeur. Par rapport aux USA ou
à l’Allemagne, la France est très
en retard sur la tomothérapie.
Qu’est-ce que le gamma knife ?
C’est une machine qui irradie les métastases du cerveau
en une seule séance avec des dizaines de rayons gamma. Les rayons gamma qui traversent les zones
du cerveau sont moins destructeurs que les rayons X classiques, car
moins énergetiques. En revanche, à leurs points de
convergence sur la métastase cérébrale, leurs
intensités s'ajoutent, et ils deviennent très destructeurs.
Il y a très peu de gamma knife en France (Marseille, Lille...).
Qu’est-ce que la protonthérapie ?
La protonthérapie est une radiothérapie utilisant
des faisceaux de protons. Elle s’avère pertinente pour
les traitements nécessitant une très grande précision,
par exemple pour le mélanome des choroïdes ou pour certaines
tumeurs intracrâniennes. A ma connaissance, seul l’Institut
Curie à Paris la propose.
Qu’est-ce que la neutronthérapie ?
La neutronthérapie est une radiothérapie utilisant
des faisceaux de neutrons. Ces derniers sont plus énergétiques
que les rayons X ou les électrons utilisés en radiothérapie
classique. Les indications de la neutronthérapie concernent
: les cancers des glandes salivaires, les sarcomes des tissus mous,
les sarcomes osseux et les adénocarcinomes. A ma connaissance,
le CNRS d’Orléans la propose.
Quels sont les effets secondaires de la radiothérapie ?
Ils sont complètement variables d’un individu à
l’autre, de la zone irradiée et de la dose administrée
(en Gray). Le principal effet secondaire est la brûlure de
la peau à l’endroit où les rayons passent. On
préconise généralement de la crème hydrante
comme la Biafine™.
Qu’est-ce que l’hormonothérapie ?
Elle est utilisée pour lutter contre les cancers
qui utilisent les hormones pour se développer. Ce traitement
empêche les cellules cancéreuses de capter et d'utiliser
les hormones dont elles ont besoin. Il s'agit donc en fait de substances
anti-hormones. On distingue les oestrogènes et anti-oestrogènes,
les progestatifs, les antiandrogènes et les inhibiteurs d’aromatase.
Qu’est-ce que l’immunothérapie ?
L'idée est de stimuler le système immunitaire pour
stopper ou ralentir la progression des cellules malignes. Les globules
blancs sont les piliers du système immunitaire. Il y a principalement
les monocytes et les lymphocytes (T, B...). L'approche est d'utiliser
des substances fabriquées par génie génétique
pour stimuler ces globules blancs. Il existe deux grandes familles
: les cytokines et les anticorps monoclonaux.
Quels
sont médicaments utilisés en cas de douleurs lors
du cancer ?
- Pour les douleurs faibles à modérées
: les antalgiques non opioïdes (paracétamol et anti-inflammatoire
non stéroïdiens) ;
- Pour les douleurs modérées à fortes
: les antalgiques opioïdes faibles (codéine, dextropropoxyphene,
dihydrocodéine, tramadol) ;
- Pour les douleurs sévères : les antalgiques
opioïdes forts (morphine, hydromorphone, péthidine,
fentanyl, oxycodone, méthadone, buprénorphine, nalbuphine,
pentazocine) .
- Pour les douleurs rebelles ou neuropathiques : les antidépresseurs
notamment les tricycliques (Anafranil™, Laroxyl™), les
antiépileptiques (Rivotril™, Neurontin™), les
biphosphonates, les corticoïdes, les benzodiazépines
(anxiolytiques), les neuroleptiques utilisés en psychiatrie, le Lyrica™...