Les
nausées induites par les traitements
Les nausées et les vomissements dépendent des produits
et des doses de chimiothérapie. Ils sont également variables
suivant les individus et d'une cure à l'autre. Certains agents
sont plus émétisants (donnant plus de nausées ou de vomissements)
que d'autres : on parle d'effet émétogène des anticancéreux.
Le produit le plus émétisant est sans doute le cisplatine.
Lorsqu'il y a des nausées, elles commencent souvent le soir ou
le lendemain de l'administration de la chimiothérapie. Le
patient se sent barbouillé, mais cela dure rarement plus de 3
jours après la fin du traitement. Les nausées ne sont pas
systématiquement associées aux vomissements. Parfois,
certaines personnes ressentent des nausées ou des vomissements
avant la chimiothérapie. Ils sont souvent liés à
l'anxiété, à certaines odeurs ou aux souvenirs que
le patient associe à un traitement antérieur. Le
médecin indique si le traitement peut entraîner des
nausées ou des vomissements. Il prescrit souvent des antiémétiques
avant chaque cure. Certains de ces médicaments peuvent être
pris 1 à 5 j après la cure de chimiothérapie. Des
médicaments contenant de la cortisone peuvent être proposés
comme antiémétiques. Ces derniers provoquent parfois des
effets secondaires comme de la constipation, des troubles du sommeil,
des maux de tête, de la nervosité ou de la somnolence.
Le patient ne doit pas hésiter à en parler au médecin.
Il doit également prévenir s'il a du diabète. La
radiothérapie peut, elle aussi, provoquer des nausées
et des vomissements suivant les zones irradiées. Ceci est surtout
vrai pour le thorax et l'abdomen.
Les
antiémétiques
Ils sont
utilisés dans le traitement des nausées et des vomissements,
du hoquet et du reflux gastro-oesophagien (RGO). Selon les recommandations
de l'American Society of Clinical Oncology, les corticoïdes, les
sétrons et les neuroleptiques font partie des traitements recommandés
dans la prévention des nausées et des vomissements aigus
induits par les chimiothérapies. Les traitements actuels (sétrons
et corticoïdes) permettent un contrôle complet des nausées
et des vomissements induits par la chimiothérapie chez 75% des
patients dans les 24 premières heures [195].
Voici les principales classes d'antiémétiques [215]:
-
Les sétrons : On les appelle des antagonistes
des récepteurs 5-HT3 de la sérotonine (un neurotransmetteur).
Ils interviennent donc sur le système nerveux central.
Ils sont donnés pour des chimiothérapies moyennement
à hautement émétisantes et les radiothérapies
hautement émétisantes. Il en existe plusieurs familles
: les granisétrons (Kytril™),
les ondansétrons (Zophren™)
et les tropisétrons (Navoban™).
- Les antagonistes dopaminergiques périphériques
[213]: La dopamine (un neurotransmetteur)
ayant un effet émétique et inhibiteur de la motricité
digestive, ses antagonistes ont des propriétés antiémétisantes
et stimulantes de la motricité digestive : le métoclopramide
(Primperan™), la dompéridone
(Motilium™)...
- Les
antagonistes dopaminergiques centraux (neuroleptiques) : Ce sont
des médicaments actifs dans le traitement des psychoses (schizophrénie,
paranoïa...) et qui présentent des propriétés
antagonistes de la dopamine [213]. Comme celle-ci
intervient dans les vomissements, les neuroleptiques offrent des propriétés
antiémétiques : Halopéridol (Haldol™),
Chlorpromazine (Largactil™), lévomépromazine (Nozinan™), cyamémazine (Tercian™)...
- Les corticoïdes : Dexaméthasone (Soludecadron™),
Méthylprednisolone (Solumedrol™, Medrol™)...
- Les benzodiazépines : Lorazepam (Temesta™),
Alprazolam (Xanax™)...
- Note: L'aprépitant (Emend™)
est un antiémétique puissant donné dans les
chimiothérapies hautement émétisantes (comme le
cisplatine). Son mécanisme est totalement différent des sétrons. Pour plus d'informations : http://www.emend.com
Des
antiémétiques dérivés de la marijuana dans l'avenir
?
La
principale substance psychoactive de la marijuana (cannabis) est le
delta-9-tetrahydrocannabinol (Delta9-THC). Son efficacité
contre les nausées et les vomissements est réelle [197][198][201][202][203]
encore que son efficacité par rapport à l'ondansetron
(Zophren™) soit discutée [202].
Le Delta9-THC jouerait sur des récepteurs cannaboïdes
du corps humain appelés CB1 ou CB2[203].
Le THC apporte des effets bénéfiques comme la
stimulation de l'appétit, la diminution des douleurs neuropathiques,
l'euphorie, la diminution des nausées et des vomissements, mais
des effets secondaires non négligeables existent [198][206]
: troubles de la mémoire immédiate, somnolence, tachycardie,
vertige, anxiété (bad trip). Un autre cannabinoide pourrait
contrer les effets gênants du THC et ainsi permettre
une administration plus grande [199] ou bien
encore d'accroître son efficacité [201]
: le cannabidiol (CBD).
Il existe aux USA un médicament commercialisé qui utilise
la molécule Delta9-THC : Le Marinol™
(dronabinol) [200]. Il a été
approuvé par l'administration Américaine des médicaments
et des Aliments (FDA). En France, le rapport entre bénéfices
et risques est encore discuté. En effet, des utilisateurs réguliers
développeraient une dépendance, les effets secondaires
indésirables sont réels et des études indiquent
qu'une consommation souvent abusive de cannabis augmente le risque de
développer une psychose (schizophrénie, paranoiä...)
[204][205][206][207][208][209][210]. Toutefois,
le débat persiste, car il est difficile de savoir si le cannabis
est à l'origine des troubles psychiatriques (vulnérabilité
ou prédisposition de certaines personnes) ou si ce n'est qu'une
conséquence des psychoses [210][211][212]
(le psychotique utiliserait le cannabis comme automédicamentation
pour apaiser ses troubles anxieux ).
Quelques
conseils simples pour atténuer les nausées
- Privilégier les aliments froids ou tièdes qui sont moins
odorants que les aliments chauds,
- Eviter les aliments lourds comme les aliments frits, gras, épicés
ou trop sucrés,
- Privilégier plusieurs petits repas tout au long de la journée
plutôt que trois repas traditionnels longs à digérer,
- Manger lentement pour privilégier la digestion,
- Eviter de boire pendant les repas mais plutôt avant ou après,
- Les boissons gazeuses fraîches à base de cola notamment
aident parfois à diminuer les nausées,
- Manger léger avant et après le traitement,
- Se reposer après les repas,
- Se distraire pour détourner l'attention : lire, écouter
de la musique, regarder la télé, jeux de société,
discuter...Ces activités contribuent à diminuer un peu
les nausées,
- Supprimer le tabac,
- Sucer des bonbons (mentholés...) pour diminuer le goût
désagréable de la chimiothérapie,
- Pratiquer des exercices de relaxation,
- Porter des vêtements confortables,
- Respirer de l'air frais et laisser de l'air circuler dans sa chambre.
Conclusion
Dans
tous les cas, il n'est pas normal d'avoir des vomissements ou des nausées
importantes. Ce n'est pas "un prix à payer" pour le
traitement. Il faut donc en parler à votre médecin si
cela ne va pas.